Les bases de l'agriculture biologique restent-elles dogmatiques ou irrationnelles ?

Léon Guéguen, directeur de recherches à l'INRA , nous donne son éclairage sur une question sensible qui fait réagir violemment tous les internautes pacifistes...
Les méthodes dites biodynamiques excluent les engrais chimiques et produits phytosanitaires de synthèse, mais ont aussi recours à des procédés faisant appel aux « forces cosmiques, vitales et vibratoires ». À titre d’exemples : l’utilisation de dilutions de purin d’ortie pour fertiliser et régénérer le sol et la pulvérisation à doses homéopathiques d’un mélange d’humus et de silice pilée. Ainsi, dans une recette préconisée par un gourou à des viticulteurs bourguignons dans un récent reportage télévisé, est-il précisé de « pulvériser, en accord avec les conjonctions astrales, à raison de 4 g par hectare (0,4 mg par m2 !), un mélange d’humus ayant subi une maturation pendant un an sous terre dans une corne de vache et de silice pilée dynamisée par agitation ». Même si cette méthode avait, soi-disant, été approuvée par un ingénieur chimiste, elle peut laisser perplexe ! À défaut d’être homologuées comme tous les autres produits utilisés en agriculture, ces préparations bénéficient en général de l’indulgence du législateur. Ainsi, les préparations à base du fameux purin d’ortie n’ont plus besoin d’apporter la preuve de leur efficacité et sont dispensées d’homologation !
La théorie sur les transmutations biologiques (ou à faible énergie), relevant de la fusion froide en biologie, a connu sa période faste entre 1970 et 1980, propagée par les ouvrages de C.L. Kervran dont les « pseudo-preuves » de transmutations avaient pourtant été démantelées scientifiquement.
L’interdiction des engrais minéraux solubles demeure dogmatique pour l’essentiel car tout fertilisant doit être mis en solution avant son absorption par la racine. Pourquoi interdire les nitrates de synthèse et autoriser les nitrates du Chili de même nature et aussi solubles, parce qu’il s’agit de guano naturel ? Sachant que la fixation symbiotique de l’azote de l’air par les nodosités des racines n’est possible que chez les légumineuses, (sauf peut-être un jour grâce à la transgénèse ?), comment pourrait-on se passer, pour toutes les autres espèces végétales, des nitrates de synthèse fabriqués à partir de l’azote atmosphérique, inépuisable et peu coûteux ?
En fait, le terme « naturel » ouvre les portes, par exemple aux phosphates naturels broyés autorisés sans les transformations destinées à les purifier (fluor, cadmium…) et à les rendre plus assimilables par la plante ou l’animal (sous les formes de phosphates bi- ou monocalcique), ou à la sylvinite, minerai potassique, au lieu du chlorure de potassium, etc.
Pour le reste, liez cet article :
Cet article a été publié dans le n° 276 de Science et pseudo-sciences, revue de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS) : http://pseudo-sciences.org/spip.php?article692
Renseignements
-- sur l’association : http://pseudo-sciences.org/spip.php?rubrique35
-- sur la revue : http://pseudo-sciences.org/spip.php?rubrique15
Cet article a été commenté 8 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Le Mendiant dit | Bel exemple d'amalgames ! |
Le Mendiant dit | Bel exemple d'amalgames ! Non, ça ne vole pas très haut... |
Tagada dit | Ah ! Je savais bien qu'il allait sortir du bois, le mendiant !! |
Babar dit | Le Mendiant, sais-tu combien de produits chimiques il a fallu pour fabriquer ton ordinateur ? Combien de technologie et de "pognon" brassé ? |
Frédérique dit | Euh, c'est quoi le rapport entre l'agriculture bio et ces salades astro-vibratoires? Je veux bien qu'on mette en question la rationalité des arguments du bio, mais on doit sans doute pouvoir trouver quelque chose de moins outrancier et donc de plus convaincant, non? |
Caer dit | oui là je suis d'accord avec le mendiant! Je trouve qu'il y a un etendance trés récente à diaboliser le bio et prendre les gens qui sont sensibles à ses arguments pour des éspèces d'hallucinés. |
Leon Gueguan dit | A Frédérique : non, cet argument n'est pas irrationnel mais relève du bon sens. Il ne faut pas nuire à la biodiversité et garder "sous le coude" des espèces ou variétés menacées de disparition. C'est ce qui se fait dans les laboratoires de recherche de génétique végétale et chez les sélectionneurs. Il faut donc prendre en compte ce facteur de risque, même si l'on doit aussi faire confiance au progrès scientifique et technique pour éviter une telle menace concernant une espèce d'intérêt majeur. |
Eric dit | C’est trop facile de se moquer |





