Obésité : ce n'est pas qu'une question de nutrition
Croyez-vous vraiment que les obèses mangent plus que les autres ? Oui, certainement. Ils y sont venus.
Mais est-ce pour justifier leur surpoids ou en conséquence à une hyperphagie ?
Ici encore, la question de la cause ou de la conséquence est cruciale et il faut ouvrir grand les yeux.
Si des populations deviennent obèses, c'est sans doute qu'elles sont - aussi - bien plus sensibles à un "confort alimentaire" que d'autres. Ce qui signifie en plus bref, que ces populations sont génétiquement bien résistantes à la disette, et aucunement à l'abondance. Depuis des siècles, les corps sont entraînés à résister au manque, pas à ressentir la satiété.
Ne pas avoir de système efficace pour signaler la satiété ? Et si c'était simplement ça le problème ?
Ainsi, les populations qui ont, dans un passé récent, eu à lutter contre la sous-nutrition, contre les disettes ou les vraies carences ont une propension importante au surpoids et l'obésité.
La sélection génétique est importante : il y a 15 % d’obèses en métropole, 25 à 30 % à la Réunion et 40 à 50 % à Tahiti... En Europe, les Russes, surtout vivant dans l'abondance, résistent très mal au surpoids. En Crète, les enfants sont les plus nombreux à être en surpoids et obèses.
Et l’industrialisaiton n’y est pour rien : la prévalence de l’obésité à Malte est la plus élevée d’Europe et supérieure à celle des USA, alors que ce n’est pas, et de loin, la plus industrialisée.
Non, vraiment, l'obésité ne peut pas se réduire à un problème alimentaire !
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Paule Neyrat dit | On a un système efficace pour signaler la satiété !!!! Il est dans le cerveau. |
M. dit | Je me suis dit que ceci vous intéresserait: arretsurimages.net/post/2... |
Archi dit | Mais Paule, t'as rien compris... Bien sûr que ça existe. Mais le terrain évolutionniste génétique est bien plus important ! |
vincent dit | Chouette! Je suis adapté à l'abondance! |
miammiam dit | Effectivement ! Les gros résistent très mal à la disette... |
nanou dit | C'es intéressant je ne savais pas que les crétois avait un taux d'obésité infantile supérieur aux US. C'est un vaste problème qui malheureusement ne semble pas avoir trouver de réponse. Je ne peux que constater la discrimination contre les personnes en surpoids/obèses. ça ne doit pas être facile tous les jours!! |
michel dit | Bravo pour le courage de cette réflexion. Je crois qu'en effet, on oublie que disette et famine sont le lot de l'humanité depuis au moins le début du néolithique. Il est d'ailleurs probable qu'avant, il y avait des périodes de disettes importantes, et que la survie favorisait ceux qui pouvaient dépasser le seuil de sasiété quand c'était possible et qui stockaient l'énergie pour tenir le coup. C'est donc bien la résistance à la disette (et non à la sastété) qui a été sélectionnée dans le temps. Les maigres d'aujourd'hui mourraient rapidement en cas de manque alimentaire prolongé... Je nuancerais cependant le propos même si son côté "coup de gueule" m'est très sympathique. Même si "les populations qui ont, dans un passé récent, eu à lutter contre la sous-nutrition, contre les disettes ou les vraies carences ont une propension importante au surpoids et l'obésité", cela est une explication non suffisante. En effet, l'épidémie d'obésité est apparue aux Etats-Unis, assez tardivement (dernier quart du 20° siècle), alors que ce pays n'a jamais connu ni famine ni disette... Il serait intéressant de connaître la généalogie de ces obèses américains, sont-ils plus souvent issus d'émigration récente ? Si oui, cela renforce la thèse, si non, cela suggère qu'il existe d'autres pistes... Parmi les pistes, je chercherai dans une composante psychosociale. Psycho, car on sait bien que selon l'état psychologique dans lequel on est on peut modifier sa relation à l'alimentaire. Un comportement anorexique ou boulimique est quand même d'abord d'origine psychologie. D'ailleurs, la même personne, parfois, peut connaître des périodes boulimiques, et des périodes quasi anorexiques. Sociale, car dans certaines cultures et je pense justement à Malte, Crète, et les cultures du bassin méditérranéen, surtout versant sud, être "obèse", surtout pour une femme, a longtemps été un signe d'opulence. On veut faire riche, on doit être opulent... Cela n'a pas été le cas, par exemple, des cultures scandinaves qui privilégiaient la liberté de mouvement corporel. Psychosociale, car les deux interagissent et que l'image corporelle intérioriée réagit avec celle qui est véhiculée socialement, et cela avec son cortège de culpabilisation etc... Je parle d'une composante, et non pas de la totalité, car les bodybuilders connaissent bien un phénomène associé au manque d'hydrates de carbone, c'est à dire de glucides : une sorte de léger mal de tête persistant. Il suffit d'en prendre et cela disparaît. De là à établir un circuit physiologique dominant il n'y a qu'un pas. Si cette impression cérébrale est vécue avec angoisse, tout est fait pour l'empêcher, et on entre dans un circuit d'addiction. La question devient : pourquoi le vit-on avec angoisse ? Et là, j'aurais tendance à accepter l'hypothèse d'une sortie récente de disette, qui favorise le refus de cette sensation, mais il peut y avoir d'autres sources à cette angoisse. Qu'est-ce que j'en conclue ? 1) Nous devons admettre que notre problème, en tant qu'animaux, est que notre perception de la satiété est très faible et souvent inexistante, et que nous avons été sélectionnés par une bonne centaine de siècles, voire davantage, de disettes, avec de temps en temps des famines violentes. 2) La composante économique entre en jeu, puisque ce qui est peu cher, est aussi ce qui satisfait le plus facilement la moindre sensation immédite de faim, tout en inquiétant peu le peu fortuné qui n'a pas un budget alimentaire conséquent... 3) Seule une régulation de type psychosociale pourra permettre de réguler, voire de diminuer, "l'épidémie d'obésité". Mais les conséquences peuvent être surprenantes... Accepter cette conclusion, c'est commencer par reconnaître que la domination idéologique nutritionnelle ou biologique a dépassé les bornes, et que des compréhensions psychosociales deviennent essentielles. Mais qui n'a pas envie d'écouter ce discours ? Ou encore, à qui le crime profite-t-il ? Michel |
miammiam dit | Michel :je n'ai pas dit que l'adaptation à la disette était la seule clé d'explication de l'épidémie d'obésité. Mais c'est sans doute une des clés majeures et qui n'est pas encore complètement décrite. |







